Elle à lui

 

Vous lire est un poignard volant droit sur moi

Mon cœur s’est tu, il ne me parle plus :

Est-ce la douleur ? Est-ce l’amour dites-moi ?

…Vos mots sont lourds, directs, et crus !

 

Mais vos mots sincères ; me perdent trop loin.

Interdit d’aimer mais pourtant libre de s’évader…

Libre d’aimer mais peur que ce ne soit… pas bien ?

Ecouter vos mains, et vos yeux s’ils savent aimer !

 

Mon ami, si je pouvais vous oublier… Si je pouvais…

Peut être en m’arrachant mon traître de cœur

Je vous supplie, pour l’amour de votre liberté

Écrasez-le de vos mains pour mon plus grand bonheur

 

Mourir n’est rien à côté de ce prix à payer :

Vous aimer contre mon gré, contre le vôtre.

Vous aimer à me perdre, vous aimer à tout donner,

Vous savez, il ne reste que le vide devant ma porte

 

E.

En réponse, Lui à Elle

 

 

 

Mon amie,

 

votre protégé cœur m’a choisi

Qu’ai-je fait pour ainsi vous détourner ?

Je n’ai pas le souvenir de l’avoir séduit

Ou par inadvertance un soir de laisser-aller ?

 

Je connais le cœur qui aime plaire

Je connais le cœur qui chute aussi parfois

Mon cœur, tel un automate se gère

Si j’interviens, il m’impose ses choix …

 

Mon cœur est libre, libre de ne pas aimer

Tout comme le vôtre est libre de craquer

Je suis touché par vos sentiments avoués

Mais mon cœur aime tellement sa liberté…

 

Reprenez le vôtre, faites un mur plus haut

Oubliez le mien, car il ne vaut rien

Plaisons-nous, c’est déjà tellement beau

Nous aimer, gâcherait tout si bien.

 

Voyez, comme le mien dirige une plume cruelle

Voyez comme il esquive vos appels muets !

Et pourtant, mon amie, mes yeux vous trouvent très belle

Et mes mains ne rêvent que de vous toucher…

 

L.

Voici la première lettre de cette correspondance, Elle à Lui.

Mon ami,


Mon cœur n’est pas de pierre

Même si une forteresse l’entoure.

Mon cœur a le mal de mer

Même si une bouée vole à son secours.

 

Mon cœur aime bien plaire

Pour cela, il parade, il pétille

Il apprend les plus belles manières

Il en voit un autre et d’envie sautille !

 

Mon cœur une fois a craqué à ce jeu

S’est fissuré, s’est ouvert, s’est rempli

S’est vidé, a perdu pied, veut que le « je »

Devienne « nous ». Plaire c’est fini !?!

 

Mon cœur parfois aime sans prévenir

Même si c’est con car il ne le dit

Il concocte en silence un autre avenir

Mais le mutisme s’efface dans le bruit…

 

Alors mon cœur souvent rêve

Erre dans un monde imaginaire

Se promène dans le jardin d’Adam et Eve

Se colle nu devant ce furtif partenaire

 

Mon cœur, je ne l’ai pas choisi, vous savez,

Il était là, dans le package à ma sortie.

Il est étrange, j’ai dû apprendre à l’aimer…

Et ce cœur mon ami, ce cœur vous a choisi.

 

Amoureusement …


E.

Elle ne connaissait pas son prénom, mais lui parlait tous les matins.

Elle n’en avait pas besoin… Un matin, il lui serra la main

« Je suis remplacé, voilà je vous dis au revoir, j’ai terminé…. »

Quoi ? Comment ? Mais euh non, impossible, m’enfin ?!!!

« Pardon ? ?? Enfin, je veux dire, vous êtes mutés ? »

Difficile de dissimuler la stupéfaction et l’inattendu chagrin !

 

« Non, mon contrat se termine, signez ici, merci. »

Signer mon numéro de téléphone et mon nom oui !

 « Dommage, j’espère que votre remplaçant… »

Sera aussi charmant, pensa t’elle bêtement…

 «Et voici, alors,… bonne continuation ! »

J’espère vous revoir tout bientôt… « Bon… »

 

« Hummm » Quoi ? Ma collègue toussa,

Et zut !… Je sentis monter l’embarras…

Bon, euh, quoi dire, quoi faire ?… «  Euh … »

Avec toute la délicatesse possible, des yeux

Il m’embrassa, il avait lu en moi…

Rouges pivoine sont mes joues,…  il s’en alla…

 

 

Elle se mit à trier le courrier,

Prise dans une rêverie incontrôlée.

Quand soudain son coupe papier

Ouvrit une enveloppe sans destinée…

Curieuse, discrètement elle l’ouvrit

Tourna la tête pour la lire

Et c’est là qu’elle le vit !

A la fenêtre, tout sourire

Ses mains mimant un appel…

 

Il partit, elle comprit enfin,

Que son nom était là dans sa main…

 

 


« Bonsoir, je vous regardais, dans le miroir

Votre reflet m’a frappé !  … J’étais là au comptoir… »

« Merci, dites-moi vous a-t-il fait mal ? »

Devant ce blanc, l’incompréhension, c’était gênant…

« Laissez tomber, y’a pas de mal… »

Je dus le soulager d’un embarras…. A cet instant

Je pris le temps de détailler son sourire, ses traits…

« Puis-je m’installer, enfin si vous me permettez ? »

Poli, élégant… j’suis seule, bien sur que je lui permets !

« Bien sur, bien que je ne pensais pas rester… 

Je m’appelle Clarisse, et vous ? »

J’ai déjà vu ses yeux là, ce bleu, mais où ?

« Hugo. Moi qui ne viens jamais ici, je suis ravi

De faire une rencontre si jolie. »

Je vais rougir…Merde… Et bien il ne perd pas de temps,…

« Merci votre compliment est, ma foi plaisant. 

Je ne viens pas souvent non plus, un hasard. »

Mon Dieu, je trémousse en croisant son regard…

Je suis faible, GGgggrrrrr, je vais me ressaisir…

« Alors trinquons au hasard et à votre jolie sourire »

C’est ça, boire, boire et boire et s’en aller !…

Surtout ne pas se faire raccompagner…

Je me donne de jolie leçon là, mais vlà qu’il touche

Ma main, « pardon », il ne veut pas ma bouche

Tout de suite non plus ? « C’n’est pas grave, santé ! »

Boire, tiens il n’a pas d’alliance, peut être fiancé ?

Bon, j’ai rien à dire là, … « Excusez moi, mais je vais rentrer

Il est tard, j’ai eu une sale journée, tout ça, bonne soirée ! »

« Oui ? Oui bien sur, on peut faire un bout de chemin

Ensemble… Oui je pars à gauche… » Il a pris ma main !

Comme ça, mais je sais encore marcher seule, bon

J’avoue, ce n’est pas désagréable…  «… Oui juste après le pont »

Il ne rentre pas, il ne rentre pas !!! Tu sais qu’il le brisera…

Devant la porte, Il va m’embrasser, et je le planterai là !

« Bon bah merci, ce fut une chouette rencontre, rentrez… »

V’là, je le savais, ce n’est pas rentrer chez moi que je voulais

Dire, mais rentrez bien chez vous,…, wouahouuuu, quel baiser !

Il va le briser encore une fois… c’est le moment de se réveiller !

 

 

Clarisse devant son miroir, se raconte encore cette histoire,

Mais elle sait qu’il ne viendra pas,… Comme tous les soirs…

Demain elle ramassera des bouts de rêves, des bouts de verre.

Chaque fois, il le brise, son cœur, son miroir et s’incruste un peu plus dans sa chair…

 

 

 

 

 

Elle était là, belle et pâle, poussant son chariot d’enfants,

Une étoile dans les yeux, et sur ses lèvres un diamant.

Je ne pourrais dire où elle allait comme ça ?

En guise de chaussures, elle portait des escaliers

Je me demande jusqu’où ils pouvaient la monter ?

Je ne pourrais dire non plus, où menait ce chemin-là ?

Poltron, Je n’osais pas m’aventurer sur ce lugubre sentier…

Moi si petit, même avec mes yeux perçants, je savais

Qu’elle était beaucoup trop obscure cette route-là.

Elle portait un long manteau brodé de neige argentée,

C’est ce qui devait, je crois, par sa lueur, l’éclairer.

J’ai eu un sursaut en entendant sa lumineuse voix,

Quand elle passait devant mon vieux banc rouillé,

Sur lequel je guettais, patiemment, crocs limés, mon dîner….

Son diamant ne bougeait pas, mais j’entendis tout bas :

« Tu te demandes où je vais, et ce que je fais ?

Tu es peut être trop curieux ?…  Regarde mes bébés,

Je les emmène, je les berce jusqu’à chez moi… »

Chez elle ? Je ne savais pas si elle lisait dans mes pensées,

Mais lui dit : « Et comment vous allez les monter ? »

A ce moment-là, du coin de l’œil,  j’ai vu s’échapper mon repas !

« Je te propose de me suivre, et tu en auras à  volonté »

Hein ? Sans bouger les yeux, comment avait-elle fait ?

Pour voir s’enfuir tranquillement ma si petite proie…

« Et par un soyeux duvet, je remplacerai ton banc rouillé »

Elle titille mes sens et ma curiosité cette étrange femme étoilée…

« Ainsi, ta curiosité sera nourrie et mon secret tu connaîtras… »

C’était une invitation,…Elle reprit son ascension d’un pas léger,

Que faire ? Je veux savoir… Mais ici j’ai toutes mes libertés ??…

En regardant partir les potelés bébés, il pensa avec son estomac…

Il descendit, s’étira, et se mis à suivre la lueur argentée,

Avec ses pattes de velours, prudemment il grimpât l’escalier…


C’est ainsi que se termine l’histoire du petit chat, parti là-bas

Et de l’escorte des derniers rêves, des derniers tourments, des dernières pensées.

L’un que plus jamais on ne croisera, l’autre qu’on essaiera toujours d’éviter….

 

Je ne vous dirai pas que tout ça vient de mon enfance (seuls les psys disent ça), elle n’était pas si terrible que ça ! Enfin, je pense, je ne sais pas, pour être franche, c’était une enfance, suivi d’une adolescence, et voilà ! Je ne sais pas non plus quand l’âge adulte est venu frapper à ma porte… Est-ce que j’ai ouvert cette porte d’ailleurs ? Je ne sais pas non plus… Enfin si quelqu’un au plus profond de moi le sait, mais en ce moment très précis, il est congédié… Et oui, parfois faut sévir un peu ! Donc, mon enfance…

Elle est faite de quelques peurs comme se retrouver tout d’un coup dans un noir total en imaginant un clown caché dans le coin de la pièce… Un clown qui ricane en jouant un air faux d’accordéon, et la pièce devient toute petite, et le bruit de ses pas qui s’approchent avec d’immenses chaussures  qui m’écrasent le pied et là : « AAAAAAaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhh ! »,

un cri incroyable qui ne sort pas de ma bouche ! Mes yeux, eux sont bien sortis de leurs orbites ! Le monde tourne déjà à l’envers dans ce passage douloureux, qui il faut bien admettre reste un cauchemar d’enfant.  


Elle est faite de partage avec mes nounours aussi, parce que ma phobie du noir m’emmenait dans un imaginaire sans fin, et savez vous que dans le noir, les peluches se réveillent ??? Non, je suis sûre que non, vous ne savez pas, et vous ne me croyez pas non plus d’ailleurs ! Et bien sachez que mes peluches avaient une vraie vie, et jamais, jamais il ne fallait être méchante avec elles, sinon la nuit elles bougeaient et ce sont elles qui amenaient les cauchemars….

Bref, je vous emporte déjà bien trop loin, je disais donc que mon enfance n’était pas si terrible que ça…  Il y avait des bonnes choses aussi, ma grand-mère, personne encore à ce jour n’a pu la remplacer… Les vols de bonbons… La première fois où j’ai pu monter à l’avant de la voiture!…  Je vous emmène quelques années en arrière ?…