Se réveiller trop tôt avec le chant des oiseaux

Et de jolies phrases plein la tête, on se dit

Qu’on va les retenir au lieu de les écrire

Sur un bout de papier toujours près de l’oreiller

On se dit que c’est joli, que ça fera un beau poème

Que ça change de tout ce qu’on entend…

On se dit qu’il est trop tôt pour se lever et

On oublie les jolis mots quand les pieds se posent

Sur le plancher, quand la tête se réveille

Pour une routine ; les oiseaux ne chantent  plus

Eux aussi ont du oublier leurs belles paroles

Et puis le temps presse, adieu les jolis mots

Je vais devoir en trouver d’autres, encore…

Pour les oublier quelques part sur l’oreiller.

Et cette minute de silence, après le discours :

Anecdote d’un coin de comptoir, d’un souvenir

D’un bon ami croisé sur un chemin trop court.

Quitter la route en silence, sans rien dire…

Et laisser tous ces gens, comme ça portant

Leurs cœurs lourds de larmes à bout de bras.

Pas tous, certains s’en fichent, heureusement

On culpabilise déjà de les voir comme ça, je crois.

Oui, je crois… Les souvenirs au creux d’un verre

S’échangent de partenaires, s’entassent, s’oublient

Se mélangent et font chanter parfois des airs

Des mains applaudissent, qu’elle continue la vie !

Et cette minute de silence, après l’émotion

Trop lourde ; c’est mourir une deuxième fois

Enfin je crois… Mais si je m’en vais compagnons

Ne laissez pas une minute de silence avec moi

Laissez-moi du bruit, laissez-moi vos histoires

Laissez-moi vous envahir et encore papillonner

Laissez-moi dans un livre, dans un verre, dans un bar

Laissez-moi un bout de route pour continuer !

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Trop de lumières s’éteignent
Et moi j’ai peur dans le noir…

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Si je souffle sur les bougies du monde
Si le jour s’enfuit à chaque seconde
Si j’éteins tous les feux de mon cœur
Certainement que, moi aussi, je meurs…

Mais trop de lumière s’éteignent
Et moi j’ai froid dans le noir….

Même si les étoiles brillent plus fort
C’est toujours mieux vivant que mort.

Trop de lumières s’éteignent
Et moi j’ai peur dans le noir…

c4f7c8b058724b010e2f6a9a6f5d89c7Se glisser dans ton ombre à la faveur de la nuit.
Suivre tes pas, ton ombre à la fenêtre.
Cette ombre à la fenêtre c’est toi, ce n’est pas une autre, c’est toi.
N’ouvre pas cette fenêtre derrière les rideaux de laquelle tu bouges.
Ferme les yeux.
Je voudrais les fermer avec mes lèvres.
Mais la fenêtre s’ouvre et le vent, le vent qui balance bizarrement
la flamme et le drapeau entoure ma fuite de son manteau.
La fenêtre s’ouvre : ce n’est pas toi.
Je le savais bien.

Robert Desnos (A la Mystérieuse, 1926)

J’aime le silence du froid

Celui que l’automne impose

Pas celui de nos draps

Un autre qui d’un coup se pose

Quand l’air est à la pluie

Paillettes jetées sur le sol

Par un ciel invitant la nuit

Parapluie remplace parasol

J’aime le silence du froid

Celui de la rue qui dort

Déjà, à cette heure là

Pas même un chat dehors

Les âmes rangées en cuisine

Préparent la première soupe

Ainsi la grande ville dîne

Pareil à un seul groupe

J’aime le silence du froid

Sans pétard, sans mobylette

Le corps suivant ses pas

Au rythme des gouttelettes

Ne croisant que le regard

Sous un réverbère perdu

De l’autre qui s’égare

Vers une nuit sans but

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